LIBÉRATION DE VIZILLE LE 22 AOÛT 1944 (POST 2/5)

VIZILLE AU COEUR – LIBÉRATION DE VIZILLE LE 22 AOÛT 1944 (POST 2/5)
EXTRAIT DE TEXTES ÉCRITS PAR JEAN MÉTRAL,
PRÉSIDENT DU COMITÉ LOCAL DE LIBÉRATION DE VIZILLE.
Jean Métral devient le premier Maire de Vizille après la libération…

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Dans le vestibule, nous étions gardés par une sentinelle avec baïonnette au canon. En me rendant à la Mairie le matin, j’étais passé à la maison pour y prendre des documents concernant le résumé des délibérations clandestines prises dans les séances du Comité de Libération. Les sachant dans l’une de mes poches j’étais plein d’inquiétude pour le cas plus que probable où je serais fouillé par les boches. Je cherchais un moyen de les faire disparaître sans éveiller l ‘attention de la sentinelle ; après examen du vestibule, je vis suspendu au mur de droite, un cadre porte-clés et je me rendis compte qu ‘il n ‘était pas scellé, mais simplement tenu par un piton : j’étais sauvé ! … Mais il fallait éloigner pendant quelques minutes notre surveillant ; je rassemblai dans ma mémoire les mots allemands que j’avais appris lors de mon séjour en Alsace après l’armistice de 1918 et 1919 (major de cantonnement dans une petite commune Stunwieler, personne ne connaissait le français sauf un peu le curé et l’instituteur). « Bitte geben sie mir wassen  » (donnez moi de l’eau S. VP.) dis-je à la sentinelle ; l’homme se rendit à la conciergerie chercher une bouteille d’eau et je profitai de son absence pour glisser le plus rapidement possible mes documents derrière le cadre porte-clés. Ouf! je respirais beaucoup mieux! …
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Par la suite, beaucoup d’officiers sont venus nous interroger ; certains de type mongol paraissaient insolents et le mot « terroriste » revenait constamment dans leurs phrases que nous ne comprenions pas : l’un d’eux même tira sur notre drapeau blanc pour le déchirer.

Un officier, beaucoup plus calme et presque sympathique (je supposais que c’était le Cdt du détachement, mais non) avec une carte d’État-Major tenue sur la poitrine par une courroie de cuir, me demanda s’il était exact que des « tanks  » américains étaient à Vizille. – Ya, lui répondis-je.- Où, eux ? en me présentant sa carte. Je lui montrai sur celle-ci une ligne partant de Vizille et allant jusqu’à Jarrie. – Wie viel ? (combien). Je lui répondis ex-abrupto le plus sérieusement du monde (bien que n’en sachant rien) – Fünf fünfzig (55) nombre qui m’avait fort amusé en 1919 par sa prononciation. – Ah ! Oh ! fit-il en s’éloignant.

Pendant ce temps les minutes s’écoulaient, mais toujours pas d’officier supérieur (j’ai su par la suite qu’il visitait le château où il était recherché pour la remise du billet que ses subalternes s’étaient passé de mains en mains). Il était environ 13h20 quand 2 soldats boches armés vinrent nous faire signe de les suivre : « Kommen! » ; Nous longeâmes la conciergerie pour aller derrière près des platanes bordant le mur, nous vîmes de grandes planches reposant sur des tréteaux et assis derrière cette table improvisée, un certain nombre d’officiers. Nous nous arrêtons une dizaine de pas de cette table en nous tenant au garde à vous : Menu à ma gauche, Pontonnier à ma droite.

De l’autre côté de la table, au milieu, un officier à l’air jeune, une badine à la main, commence son interrogatoire en assez bon français.
S’adressant à Menu : « Qui êtes-vous ? « 
« employé de mairie » répond Menu.
« A moi « et vous ?
« je lui réponds en allemand « Burgmeister » (maire) et Pontonnier, interprète,
« Qui vous a donné ça ?  » montrant le papier ;
je réponds : « les Américains » – Non ! terroristes ! pas ?

Cet officier (Hauptmann Reisinger), j’ai su son nom le lendemain par l’officier qui fut fait prisonnier (ou qui s’est rendu) – celui qui m’avait interrogé avec sa carte – cet officier Reisinger dit quelques mots à ses collègues à droite et à gauche, puis frappant avec sa badine sur la table : « Vous allez voir ce que je fais des parlementaires ».

Le fixant dans les yeux, je vis qu’il tournait la tête à droite où étaient rangées entre le canal et le mur du château des voitures fourragères et en suivant son regard, je vis 3 soldats boches avec chacun une corde. Je compris tout de suite quelle était son intention et naturellement une forte angoisse nous étreignit (tout au moins moi) car je ne sais pas si Menu avec son œil gauche quelque peu déficient s’est bien exactement rendu compte de notre tragique situation.

🇫🇷 C’est alors – il devait être 13h30, qu’une chose extraordinaire se produisit : des coups de canon ! . . .

Un obus qui pénétra sous l’horloge du château (le trou y était encore des mois après) et deux dans le parc … Stupeur des officiers Allemands ; une nouvelle salve arrive ; c’est alors que baissant l’échine, à la file indienne, les officiers si insolents il y a quelques instants, s’enfuirent rasant le mur, dans la direction du Péage ; je donne un coup de coude dans le flanc de Menu et lui murmure : « Y a bon Arsène ! Les artilleurs boches n’ont pas attendu pour répondre avec leurs deux pièces.

Quant à nous, nous ne pouvions pas rester plantés devant la table ; un tas de feuilles sèches se trouvait dans le coin droit : Pontonnier s’y précipite tête première ; Menu et moi nous nous cachons derrière un gros platane et avisant un grand couvercle de caisse, à claire voie, nous le mettons devant nous entre les deux platanes.

‼️‼️ suite demain…